vendredi 24 janvier 2014

loi conso : dernière ligne droite - révision pour les nuls


Nous allons reparler de  la  #loiconso  celle là même qui fait la fierté de  Benoit Hamon lors de ses passages à la radio,  celle qui nous apparaît comme un tissu d'âneries dont certaines sont  vraiment dangereuses pour la  santé oculaire des citoyens.
Je vous propose de lire la mise en garde du SNOF (syndicat national des ophtalmologistes de France) 
mais aussi celle de plusieurs  professeurs d'ophtalmologie.
Pour ma part, j'ai déjà abordé le sujet dans 2 billets
<>Loi conso  ou la victoire du marché avec un grand M et la grosse m... qui s'en suivra
<>Loi conso : la guerre des pupilles 
Si j'y reviens,  c'est parce que la loi revient  à la fin du mois devant les sénateurs...
Oui ceux là mêmes qui n'ont pas levé l'immunité d'un parlementaire, ceux là mêmes qui ont repoussé la loi sur le non cumul des mandats...des modèles quoi !
A titre perso, je ne me fatiguerai pas à écrire aux sénateurs, 
je me contenterai de leur rappeler que nos  patients sont aussi des électeurs, et que nous allons continuer à les alerter par des affiches et des tracts en salle d'attente, par nos discussions lors de nos consultations, et par une diffusion importante sur tous les réseaux sociaux.


Pour ceux qui auraient raté une marche : voici les 3 inepties de  la #loiConso pour ce qui concerne la santé.
 1/ la validité des ordonnances lunettes passe  de 3 à 5 ans 
ce passage de 3 à 5 ans est un vrai danger pour une bonne partie de la population.
En cinq ans  la progression silencieuse  d'un glaucome laisse des séquelles irréversibles, en 5 ans un glaucome sérieux peut passer d'une mauvaise vision  à la cécité irréversible
En cinq ans une DMLA débutante peut s'aggraver avec la survenue de néovaisseaux. Le traitement à un stade précoce donne de bons résultats visuels. 

2/  les ophtalmologistes devront mesurer l'écart inter pupillaire pour que le patient puisse acheter des lunettes sur internet.
Répétons le pour les nuls : ce n'est pas notre métier. 
Iront ils jusqu'à pondre une loi pour nous obliger à acheter l'appareil ? 
Et qui nous apprendra à nous en servir ?
 Prendrons nous du temps médical sur nos consultations pour favoriser un commerçant en ligne en allongeant encore nos délais de  RDV ? 
Et notre assurance professionnelle couvrira t'elle les verres  ratés ? 
La mesure en soi de ce p$$$tain d'écart inter pupillaire est insuffisante et le bon centrage des progressifs dépend du choix de la monture, de l'inclinaison du verre et de la position de celle ci sur le nez.
Ce n'est pas sérieux et personne ne nous empêchera de l'expliquer à nos patients.
La guerre des pupilles c'est maintenant.

3/ non obligation d'une prescription médicale pour les lentilles : là c'est du grand art dans le n'importe quoi !

voici le film du SNOF sur les lentilles

 Les lentilles de contact ne sont pas un "truc esthétique anodin". C'est un corps étranger posé sur l'oeil. Les accidents sont rares,  mais souvent graves
.


L'un d'entre nous propose de rebaptiser chaque ulcère sous lentille non contrôlée : "ulcère de Benoit Hamon".
  Il est temps aussi de nous poser quelques questions :
Quel est le moteur de cette partie de la loi ? le commerce ? le développement de la vente de produits d'optique sur internet ? Nous avons bien noté qu'un des plus fervents défenseurs de ces mesures possède un site de vente de lunettes en ligne, nous avons bien noté qu'il a l'oreille du ministre, nous avons aussi constaté que cette polémique lui a offert une publicité gratuite dans la plupart des médias. 

Y a t'il encore un pilote au ministère de la santé ?  pourquoi ce silence ? 
Nous saurons nous en souvenir à chaque accident sous lentilles, à chaque "perte de chance" en matière de glaucome et de DMLA. 
En cette période électorale, nous désignerons à chacun de nos patients les noms de ces  futurs responsables et coupables. 

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vendredi 17 janvier 2014

invitation aux voyages

Dis moi Ma, il parait que tu arrives à te lever un peu ... déjà quelques mètres avec un déambulateur c'est un  petit mieux, un peu d'espoir.
Dis Ma, que dirais tu si je t'emmenais en ballade ? Pa vient avec nous s'il le veut ...
La Mongolie, les grands espaces ? ce voyage je l'ai fait par procuration il y a plus de cinq ans .  

Ou alors  l'Océan ?  tu  me diras qu'il fait si froid 
et que le seul bleu que tu aimes est celui de la Méditerranée...Je ne peux pas t'offrir celui là ... ou incomplètement 

 On peut se placer d'un point de vue différent pour voir la Méditerranée :




Et un  petit tour  à Kew garden après un  passage éclair à Shanghai  pour une éclipse  cachée derrière les nuages ?



 Je te laisse te reposer un peu ... je reviendrai avec d'autres paysages.
Une petite vidéo ça te dit ? 
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mardi 7 janvier 2014

le collectif de mars c'est maintenant




        Vous souvenez-vous que le 2 décembre certains médecins étaient  en grève ?
Remarquez- vous que ces mêmes médecins et quelques autres ont stoppé toute télétransmission le mardi ? (pardon les arbres !)
Avez-vous entendu parler  de la semaine blanche du 17 au 24 mars ?

-Oui ?  =>tant mieux … Et un grand merci à ceux qui relaient  nos messages sur les réseaux sociaux.

-Non ? =>Nous ne sommes pas assez visibles dans les médias qui saturent un brin sur les bonnets de toutes couleurs et les volatiles de tout poil.
 Rien sur les ondes ou à la télé sur ces actions : c'est silence radio.

Ce qui suit est mon interprétation perso simplifiée du collectif de Mars ; la version officielle se trouve ici sur le site de l’UFML.
Le collectif de mars qui réunit médecins et soignants de tous horizons  s'élève  : 
- contre des honoraires S1 non réévalués depuis plus de 10 ans et la désinformation soigneusement  entretenue par mst,* les médias, les mutuelles qui mettent depuis plus d'un an dans le même panier  quelques gros « dépasseurs » célèbres et les médecins S2 qui ont eu le droit de fixer librement leurs honoraires avec tact et mesure et de les réévaluer progressivement pour faire face à l'augmentation de leurs charges. 

-contre le contrat d'accès aux soins qui cherche à enchaîner les médecins secteur 2 dans des honoraires à peine  moins minables que ceux des secteurs 1.

- contre les insultes des assureurs qu'on nomme "mutuelles" 
- contre les amalgames : dépassement d'honoraires=lunettes, dépassement d'honoraires = prothèses dentaires.
(tiens,  ils n'ont pas encore pensé à accuser de dépassement les ORL pour le prix des prothèses auditives ?) 


     http://www.dailymotion.com/playlist/x1udkj_ucdf_depassements-honoraires/1#video=x15bd

 - contre une ministre de la santé déconnectée de la réalité et contre les syndicats médicaux horizontaux (les bien nommés) qui ont livré  la médecine libérale à la finance et sont prêts à nuire encore plus avec le tiers payant généralisé.



 

Sans doute sommes-nous trop peu nombreux, trop calmes, trop polis, trop prudents (normal, nous sommes médecins).


 Sans doute les médias ont mieux à faire que de s'occuper de ces "nantis" qui tentent d'alerter l'opinion, ils oublient que ce sont ces "nantis corporatistes" qui les soignent/ les soigneront, eux et leurs familles.

Nous sommes et serons peut-être encore une fois à contre temps, mais quel que soit le moment choisi, il n'a jamais été facile pour les médecins d'être  visibles et entendus. Les médias relaient une image tronquée de nous et de nos luttes.


 Pour la majorité des journalistes nous serions les nantis pourris qui se gavent avec des dépassements qui plombent le budget des ménages et qui en veulent plus toujours plus…J’aimerais voir leur réaction si leur salaire avait stagné depuis 10 ans. La seule exception à cette image de nanti est « le bon docteur » renommé qui donne un rendez-vous en urgence à leur maman…


 Patients, posez-vous la question : vous sentez vous concernés par l’avenir et l’évolution de la médecine ?
 Est-ce pour vous moins important que la météo, que les cours de la bourse, que le débat sur l’ouverture des magasins le dimanche ? 
Trouvez-vous normal qu’un médecin secteur 1  à Bac +10-11-15 vous demande  28€ quelle que soit la durée et la difficulté de sa consultation ? Regardez, pour comparer, les factures de votre réparateur électro-ménager ou informatique, de votre plombier, de votre coiffeur …


 Chers confrères non-grévistes, quelle importance accordez-vous  à  la dégradation de votre exercice, aux contraintes administratives supplémentaires qu'on vous prépare en douce (le tiers payant généralisé, les mentions obligatoires sur les ordonnances), aux insultes des ténors médiatiques et politiques ?  
Serez-vous fiers d’être bientôt  mieux rémunérés  sur vos performances administratives que sur vos actes médicaux ?  

Je me pose des questions sur les stratégies à mettre en place, à titre personnel :
-pourquoi continuer à défendre ceux qui ne comprennent pas que l’eau chauffe dans la casserole où nous sommes tous ?
-Quel intérêt de cotiser à un syndicat signataire ?
-Faut-il revoir à la baisse mes contrats de complémentaire santé ? 
-Dois-je arrêter  ou diminuer significativement la télétransmission ?
-Jusqu'à quand vais-je accepter d'essayer de faire du gastronomique au prix du mac do ?
-Dois-je passer en secteur hors convention  à quelques mois de mon départ en retraite pour enfin pouvoir exercer la médecine de qualité que m’ont enseignée mes maîtres ?

Les forces en présence sont disproportionnées ; en face ils ont le nombre : les médias, les syndicats horizontaux, les médecins "tête dans le guidon" et de l'argent, beaucoup d'argent,  car,  si nous sommes des "nantis", eux sont carrément blindés. 
C'est avec cet argent que les mutuelles nous insultent  avec leurs publicités consternantes. 
C'est avec cet argent qu'une mutuelle  porte plainte pour dénigrement  contre le SNOF pour avoir osé informer ses patients qu'ils pouvaient choisir leur opticien. 

 En d'autre temps,  des gens peu nombreux  ont su tenir tête et gagner des batailles contre des gros balèzes, mais "ça c'était avant ! " 
Je veux croire encore que nous serons nombreux à lutter, tous soignants confondus,*** et que les actions du collectif de Mars auront un écho important jusqu’à la victoire qui nous permettra de retourner faire ce que nous avons appris : soigner les gens.

* note pour le correcteur : si vous croyez que la majuscule est utile …
**qu'est ce qui est plus difficile à payer les 50 ou 80€ d'un ophtalmo S2 ou les 500 à 1000€ de vos lunettes progressives  que la sécu rembourse 40€ ? 

*** et pardon de n’avoir parlé ici que des médecins

lundi 6 janvier 2014

des hommes et des voeux




pour les membres de ma famille, pour mes amis et les autres

Il y a une semaine mes amis du défi du Samedi avaient posté la consigne suivante : présenter des voeux originaux 
Et comment fait on quand on est, comme moi, un handicapé des voeux ?
Quand au moment où je dis" bonne année" à un proche,   me viennent des images  de malheur, de solitude, de maladie, de guerres ou d'horreurs, ici ou ailleurs ?
Bien sûr, je me plie à la tradition et je sais faire bonne figure...
Suis je le seul à avoir le coeur qui se serre en prononçant ces mots convenus sous les lumières de la fête ?

D'abord pourquoi "nos meilleurs voeux" hein ?

J'ai beaucoup de pires voeux, voire de malédictions à adresser  : aux dictateurs, aux chefs de guerre,aux pourris de tous acabits, aux financiers et bien sûr aux politiques qui trahissent nos espoirs à peine installés dans les confortables bureaux où nos bulletins de vote les ont placés. Non, je ne souhaite pas leur mort, car ils seraient remplacés, je leur souhaite la déchéance  et une fin de vie longue douloureuse et misérable.
Je rêve d'un monde où les racistes de tout poil se retrouveraient dans la peau de ceux qu'ils haïssent le plus ; je voudrais voir comment  nos parlementaires devraient se débrouiller avec un SMIC ou avec le RSA pour vivre, et je serais prêt à payer pour voir leurs enfants faire la queue à pôle emploi. Il est des maladies qu'on ne souhaiterait pas à son pire ennemi...mais en ces temps troublés, je manque singulièrement de compassion et je pourrais me réjouir du malheur de certains.

"ça c'est fait ..."

Ma Zigmund va un brin mieux, c'est pas gagné et je n'ai même pas osé présenter mes voeux à Pa et Ma.
J'ai repris le travail ce matin, j'ai presque trouvé ça reposant après ces deux semaines passées au chevet de Ma, à essayer de calmer l'angoisse de Pa, à proposer mon aide au frangin ; j'ai organisé au mieux  mes  consultations pour y retourner  aussi souvent que possible.La distance est un problème  mais aussi mon intrusion dans l'univers bien ordonné de mon papa où malgré mes efforts je sème le trouble.
Je n'ai pas la force de chercher les mots pour envoyer des voeux à ma famille et à mes amis. 
En ce début d'année, deux amis nous ont quittés   : l'un était mon voisin :  curieux de tout malgré son grand âge, il luttait contre sa DMLA pour lire encore et toujours, il s'est  éteint paisiblement dans son sommeil ; l'autre, une femme belle et pétillante, est venue me voir, sereine, à mon cabinet, juste avant son entrée en soins palliatifs : je garde le souvenir de sa main dans la mienne quand elle est venue me dire adieu.

Comment voulez vous que j'aime cette période de voeux  où je me souviens de ceux qui nous ont quittés, où je cherche sur le bureau proche de la Table les papiers super urgents que je croyais régler et ranger pendant les vacances  et qui ont disparu sous les nouveaux papiers aussi urgents?
 





Tiens, pour finir,  je vais m'offrir une anaphore :

Je voudrais remercier ceux qui, sur les réseaux sociaux relaient quotidiennement mes luttes (la baguette des nantis).
Je voudrais remercier ceux qui prennent du temps pour faire un tour ici, même silencieusement, alors que parfois je ne leur rends pas la pareille. 
Je voudrais vous remercier amis de la vie réelle, ou amis virtuels, médecins, soignants, de votre écoute parfois critique mais toujours bienveillante.
C'est pour vous que je renoue volontiers avec cette tradition des voeux pour vous souhaiter le meilleur du bon pour cette nouvelle année.
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