dimanche 8 juin 2014

l'ultime gâteau au chocolat

Non,  ce post ne sera  pas une simple recette ; d'ailleurs en l'écrivant, je ne sais pas s'il est bon que je livre la recette en question. 
Ma était gourmande. Une des façons d'exprimer son amour était d'offrir les gâteaux qu'elle confectionnait.

Dès notre arrivée dans la ville, elle avait immédiatement, repéré le fournisseur pour pâtisseries. Nous devînmes rapidement les meilleurs clients du commerçant... la poudre d'amande  était stockée chez nous par sacs de 3kg.
Le grand désespoir de Ma était que nous avions un peu de mal à suivre... longtemps,  je n'ai aimé que  le salé, et  Ma considérait comme une victoire que je consente à croquer la moitié d'un mekroud  dégoulinant de miel, dans les grandes occasions.("pour que l'année te soit douce mon fils" )
La poudre d'amande se transformait aussi en gâteaux secs ou  en pâte d'amande parfumée au kirsch  dont elle garnissait les dattes. Nous rentrions de chaque visite avec ces sucreries en trop grande quantité pour nos estomacs ; nous partagions avec les amis plus gourmands que nous, mais sans le dire à Ma ; et heureusement toutes ces pâtisseries se conservaient très longtemps. Refuser n'était pas envisageable  : Ma se serait vexée ; accepter, oui mais ... tout en vous remettant le paquet elle savait glisser, un brin perfide  : "t'as grossi mon fils ..."
Et il y avait ce gâteau au chocolat, dont la recette fut jalousement gardée.

  C'était une sorte de gros brownie compact, qui pouvait être partagé entre une bonne douzaine de personnes ; pas vraiment light, il se conservait très longtemps et Ma remplissait le congélo de ces bombes à retardement en prévision de notre visite.
 Donc nous repartions avec la version congelée ou la version non congelée.
Mes fils et mes neveux, bien que gourmands, n'arrivaient pas à absorber la production. 
Il se raconte même que l'un deux en monnayait une partie sournoisement dans son internat. 
Lors de ma dernière visite, Pa m'a remis les deux derniers gâteaux au chocolat du congélateur à remettre à mes fils.
 La seule vue de ces derniers gâteaux confectionnés est un crève coeur. Les derniers ... Plus jamais...Et merde ! 

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17 commentaires:

  1. C'est terriblement dur, ces" plus jamais" qui viennent l'un après l'autre au fil du deuil... mais ton billet m'a fait sourire, Zigmund, un sourire de tendresse envers Ma et cette pâtisserie un peu "étouffante" mais pleine d'amour. Mon arrière grand-mère italienne donnait son amour par la nourriture... Il était inenvisageable de refuser l'oeuf ou le jambon pas très net... Nous avions des stratégies pour ne pas nous empoisonner en évitant de la blesser. Et lorsqu'elle a été en maison, vers 90 ans, son plus grand regret était de ne pas pouvoir acheter elle-même la limonade et le gâteau...
    Tu peux aussi voir ces gâteaux comme une belle occasion de fêter Ma encore une fois.

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  2. @captain lili Quand Ma est tombée malade mon fils et ma belle fille ont tenté de reproduire ce gâteau et il n'avait pas le même goût. peut être que cette recette que j'ai hésité à diffuser(car elle gardait jalousement certains secrets de cuisine) est la vraie mais il manquera désormais l'amour de Ma.
    L'an dernier lors de la fête des mères j'avais posté pour elle une recette de gâteau au chocolat qui était bon mais raté car peu présentable http://lerhinocerosregardelalune.blogspot.fr/2013/05/bonne-fete-ma-zigmund.html
    je viens d'entrer dans cette phase de "plus jamais" et ça fait mal ...

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  3. Moi c'est de ma grand-mère que je garde en souvenir les brioches gonflées et odorantes, de ma mère je n'aurais rien alors,savourer,savourer,l'amour est là dans ses derniers gâteaux.

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  4. C'est bien la preuve qu'il y a des gens indispensables...
    Je peux néanmoins te donner un renseignement : Plus jamais un gâteau n'aura ce goût là, plus jamais.
    Je le sais, j'ai un pain perdu comme ça, en réserve...

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  5. C'était une mère juive, l'amour passe par la nourriture, cet hommage m'a mis la larme à l'œil...heure-bleue...

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  6. @Cathy @Le-gout-des-autres @heure bleue merci oui c'est ça aussi l'absence , et nous savons déjà que même en suivant scrupuleusement la recette ce gâteau n'aura plus jamais ce goût là. Oui c'était une mère juive assez proche de la caricature et je n'avais pas bien compris que son amour passait aussi par les gâteaux qu'elle nous offrait

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  7. oui c'est comme ça, le deuil
    mais c'est bien aussi, d'avoir ces souvenirs...
    ma belle-mère était une femme comme ça, mais elle n'était pas juive ;-)

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  8. tu as raison Adrienne... je suis encore " incrédule" j'ai du mal à réaliser et peut être que ces 2 derniers gâteaux vont m'aider à réaliser.
    Ma était assez dure avec nous ces douceurs étaient sans doute sa façon de nous exprimer son amour.

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  9. J'ai beau essayé mille et une recettes de tajine aux pruneaux, il n'est jamais aussi bon que celui que faisait ma mère. Je crois qu'on doit se résoudre à laisser partir certaines choses... et en inventer de nouvelles. Je t'embrasse fort, je ne sais que trop combien ces étapes de deuil sont difficiles.

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  10. Ça a l'air délicieux, zig !

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  11. @Babeth je crois que tu as raison je crois que qd on vieillit on s'accroche trop aux souvenirs alors qu'il faudrait lâcher un peu .... se préparer à partir ou repartir tout nu /
    @joye pour moi il avait le goût d'un brownie même avec la recette, mon fils avait tenté du vivant de Ma et n'avait pas obtenu le mm goût
    je n'ai pas pu voulu toucher ou goûter à ce dernier gâteau je l'ai juste pris en photo

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  12. à défaut de retrouver le goût, si tu as déjà été présent lors de la confection du gâteau, un jour tu passeras n'importe où et c'est l'odeur qui te rappellera Ma... Mon nez m'est plus utile que le palais pour me rappeler le passé, et les disparus...

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  13. bien sûr
    d'ailleurs le parfum de Ma est toujours présent à mon souvenir :-)

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  14. Laurence (@lopalomita)6 juillet 2014 à 23:56

    Moi c'est un gâteau de semoule au chocolat et un gros gâteau type breton bien cuit dont je me souviens de ma tante... Enfance quand tu nous tiens ... Des hugs et merci pour ces mots

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  15. merci à toi ce billet est un moyen bien sûr de me souvenir et de "gérer" ma peine

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  16. Zigmund, dans la vie il y a tant de plus jamais.
    Et les plus jamais ont surement commencé avant la disparition de Ma
    Tant que tu es vivant avec les souvenirs, les disparus ne sont pas tout à fait disparus.

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  17. oui Marion et il arrive un moment où il y a beaucoup de "plus jamais " (je crois que toi et moi nous sommes de la mm fournée) et tu as raison partager les souvenirs garde les êtres aimés parmi nous à défaut qu'ils soient vivants J'ai lu et relu le post très que tu écrits sur ta mère et sur cette autre forme d'épreuve difficile Je te souhaite la force pour pouvoir la porter et l'accompagner au mieux

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