qu'est ce qu'un dépassement d'honoraires ? par le dr Laetitia Perrin

par Laetitia Perrin médecin généraliste 
 
Dans les années 80, l’Etat s’est rendu compte que la Sécurité Sociale ne pouvait plus continuer à prendre en charge des soins de plus en plus chers. De plus en plus chers parce que la médecine évolue, qu’elle est de plus en plus technique, de plus en plus pointue, assistée d’un matériel (et de compétences) lui aussi de plus en plus cher. Il n’était pas envisageable qu’en France on limite la performance et la qualité des soins pour une bête question budgétaire. L’Etat a donc décidé d’autoriser les médecins (le fameux Secteur 2) à aligner leurs tarifs sur le coût réel de leur travail, coût qui a augmenté progressivement avec l’augmentation du coût de la vie (les salaires du personnel, les coûts de matériel, etc) mais aussi des changements dans le type de prise en charge. On a convenu que ces « dépassements d’honoraires » seraient jugés par chacun avec « tact et mesure », une promesse morale sensiblement similaire au Serment d’Hippocrate que nous avons tous prêté. On a convenu que cet investissement supplémentaire serait à la charge des patients et/ou de leur mutuelle de santé, afin de continuer à améliorer la qualité de la Médecine. Je citerais en exemple les nombreux moyens de dépistage (cancer) apparus depuis 30 ans, l’efficacité croissante des techniques d’imagerie (IRM, échographie foetale), la généralisation de la coelioscopie en chirurgie, les progrès du soulagement de la douleur (péridurale, anesthésie loco-régionale). La Médecine ne peut plus faire marche arrière : elle est plus efficace et elle coûte de fait plus cher.
Mais la Sécurité Sociale a quasiment gelé ses tarifs (« tarif opposable ») depuis 30 ans, les quelques augmentations ponctuelles ne suivant même pas l’augmentation du coût de la vie. Elle a remis entre les mains des patients et mutuelles l’inexorable augmentation des tarifs.
Les mutuelles étant des organismes d’assurance, leur but est surtout de faire des bénéfices, en augmentant les tarifs de cotisation sans trop augmenter leurs investissements personnels, ce qui est assez facile puisqu’elles continuent de proposer des pourcentages de remboursement alignés sur ceux fixes de la Sécu. Et au final le patient paie de plus en plus cher (ce qu’on appelle « le reste à charge ») pour continuer à être aussi bien soigné que les médecins français savent le faire.

C’est là que le débat commence.


Faut-il que la Sécurité Sociale rembourse plus ? C'est-à-dire faut-elle qu’elle revoie ses tarifs opposables déconnectés de la réalité et les prenne en charge à leur juste valeur ? Son budget est agonisant. Elle ne peut plus faire d’économies sur les soins qui sont déjà tarifés au plus bas, bas comme il y a des années, et plus bas que la plupart des autre pays d’Europe aujourd’hui. Il n’y aurait pas besoin de « dépassement d’honoraire » si ce que la Sécu décide comme honoraire (ou acte) était adapté.


Faut-il que les mutuelles remboursent plus ? A l’heure actuelle elles sont trop occupées à prendre en charge les soins dentaires et d’optique (que la Sécu ne rembourse plus du tout, ce qui est maintenant accepté avec résignation), à prendre en charge le confort (chambre individuelle à l’hopital, ostéopathie, garde d’enfants/d’animaux, etc), ou à financer des campagnes de publicité (dont le budget dépasse largement la somme des dépassements d’honoraires). Le tout dans une opacité totale. Et en faisant cotiser de plus en plus les patients (les clients ?).


Faut-il que la valeur des soins diminue ? La valeur c’est le coût et la qualité. On ne peut diminuer ni l’un, ni l’autre. Pas dans ce pays où chacun, soignant et soigné, veut des soins de qualité et en est fier.


Faut-il que les patients paient plus ? C’est déjà le cas. En cotisant à la Sécurité Sociale par leur travail, en cotisant à une mutuelle pas très efficace, et en ajoutant de leur poche au bout. Et c’est trop.


Les médias ont donc relayé depuis quelques semaines que dans cette équation, c’était la marge du médecin qui devait diminuer. Le message médiatique est simple : si les médecins ne cherchaient pas à être si riches, les patients paieraient moins cher, et donc auraient plus facilement « accès aux soins ». 

Évidemment, le problème est bien plus compliqué que ça… Et beaucoup de mensonges ont été publiés sur la question, sans aucun droit de réponse des principaux concernés : nous les médecins.
z

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

c'est à vous de réagir ....