les indignés par le Dr Christian Lehmann

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Texte de Christian Lehmann, 12 08 13
LES INDIGNES (3/5) - Fin de vie, génériques, politique de santé... ces médecins revendiquent des opinions tranchées sur des sujets qui vous concernent. Cet été, Egora.fr leur donne la parole. Troisième volet aujourd'hui avec le Dr Christian Lehman, militant de la présidentielle qui a cédé la place au procureur des hiérarques au pouvoir. Il se dit aujourd'hui écœuré d’avoir été l’un de ses “idiots utiles”, qui a permis l’arrivée de François Hollande au pouvoir.

“A un moment, même l’indignation ne suffit plus à dire ce que l’on ressent. Etre indigné, c’est continuer à y croire. Moi, j’en suis à l’écœurement. J’ai la faiblesse de penser que mon métier est indispensable à la cohésion de la société car nous essayons de soulager les gens dans la vie réelle, et pas dans la vie fantasmée des ministères. J’attendais qu’il y ait un infléchissement de la politique avec l’arrivée de ce j’appelais la gauche, et que j’appelle maintenant François Hollande au pouvoir. Nous venions de passer cinq années durant lesquelles nous avons été laminés et où la situation des patients s’est dégradée du fait de la mise en place des franchises et de la dérive de l’assurance maladie d’un système solidaire vers un système assurantiel - politique parfaitement incarnée par Frédéric Van Roekeghem, le directeur de la CNAM.

Le PS et François Hollande sont très forts pour gloser sur la théorie
Je ne suis pas naïf et je peux entendre que nous nous trouvons dans une situation financière particulièrement complexe, qui rend difficile les arbitrages. Mais qu’il s’agisse d’une décision qui aurait coûté de l’argent, comme pour les franchises, ou d’une décision non coûteuse, de cohérence sanitaire, la constance avec laquelle des décisions délétères ont été prises me sidère. C’est le cas de l’hypertension sévère avant complications, qui n’est plus considérée comme une ALD, ce qui est une aberration. Le parti socialiste et François Hollande sont très forts pour gloser sur la théorie, mais la pratique c’est de dire : si l’on veut réduire la différence d’espérance de vie entre les ouvriers et les cadres, il faut que les gens qui ont un accès plus difficile à la santé, soient pris en charge dès les premiers signes sinon, seuls ceux qui ont les moyens pourront se payer la prévention.
S’agissant des franchises, j’ai en ma possession un film que je ne tarderai pas à mettre en ligne où l’on voit mon ancien camarade et ami Bruno-Pascal Chevalier, un patient atteint du sida qui avait très courageusement arrêté ses traitements assez longtemps pour alerter l’opinion sur les franchises et Roselyne Bachelot. Bruno-Pascal a rencontré pendant des mois tous les hiérarques du PS : Catherine Lemorton, Marisol Touraine, François Hollande, Jean-Marc Ayrault. Et tous, les uns après les autres lui ont menti sur le fait qu’une fois arrivés au pouvoir, ces franchises insupportables sauteraient. Il n’y a donc aucune raison qu’ils s’arrêtent là dans le mensonge, et je sais maintenant à quoi m’attendre de la part de Marisol Touraine.
Et pire que tout cela, il y a la continuité des équipes et des politiques en place. Nous nous retrouvons avec Frédéric Van Roekeghem conforté à la tête de l’Assurance maladie, alors que l’on se demandait récemment quel serait son point de chute dans le vivier de l’assurance privée. Et Catherine Lemorton, désormais présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, celle que l’on a surnommé la ministre de la santé bis, salue le directeur de la CNAM dans le Monde, en le qualifiant de “grand serviteur de l’Etat”. Mais surtout, surtout, le ministère de la santé est dans les mains de “Marie-Chantal”. C’est à dire quelqu’un qui a une vision de la santé qui ne correspond pas du tout à celle demandée par les patients, et qui est uniquement positionnée dans la com’ et l’esbrouffe.

On n’est pas dans une culture du résultat, mais dans l’affichage
Ainsi, on ne fait rien pour améliorer réellement la santé et la prise en charge des patients, mais on mène une guerre “secteur 2” sans jamais revaloriser les tarifs opposables, on dénigre les médecins pendant des mois pour, au final, déboucher sur un accord négocié n’importe comment, qui évidemment ne sert à rien. Et on fait silence sur les dépassements les plus importants : ceux qui ont lieu à l’hôpital public. Logique : on n’est pas dans une culture du résultat, mais dans l’affichage.
Alors, je ne sais même plus où on est. Hollande ne fait qu’aggraver la lutte de chacun contre tous les autres. Les médecins libéraux, les médecins de ville ont été accusés de ne pas faire correctement leur travail et de demander des sommes inconsidérées par rapport aux capacités de la Nation. Et dans le même temps, s’installe la désertification médicale annoncée. Alors, les sénateurs, les maires et les députés réagissent comme l’ont fait les hobereaux et les notables locaux, an début du 19ème, furieux et navrés qu’“on ne trouve plus de petit personnel”. Peut être qu’on n’en trouve plus parce que traiter mal le petit personnel, çà va un temps !
Le seul élément positif de cette dernière année, c’est clairement pour moi la création de l’UFML des Drs Marty et Ghaleb. Je ne fais pas partie de ce mouvement, mais je suis ses actions. Dans ce mouvement, il y a des gens extrêmement différents, des libéraux pur jus et des médecins conventionnés qui se rendent compte à quel point ce qui était une convention entre des médecins conscients de leur rôle social et une assurance maladie représentant les assurés, est devenue un leurre avec un système d’achat de signatures politiques. Car je dois évidemment évoquer la position des assurances complémentaires durant cette période.

François Hollande, réussit à faire pire que Nicolas Sarkozy
Après avoir eu Sarkozy qui affichait d’une manière un peu trop voyante, son attirance envers les assureurs privés, nous avons maintenant carrément mieux : François Hollande et Marisol Touraine. Ils sont allés s’agenouiller chez le président de la Mutualité française, Etienne Caniard, en l’assurant - vu les temps difficiles qu’il traverse - qu’il n’aura à rendre des comptes financiers et mettre en place une comptabilité transparente qu’un an plus tard ! C’est absolument hallucinant ! Je considère que cet homme, François Hollande, réussit à faire pire que Nicolas Sarkozy. Ce qui me remplit d’amertume car je fais partie de ceux qui ont milité, ceux que les hiérarques du parti socialiste qui ne se fatiguaient pas trop pour aller manifester, ont envoyé au casse pipe alors que la défense de l’assurance maladie solidaire n’était en fait que la défense de leur arrivée au pouvoir. Nous avons joué le rôle des idiots utiles en tapant sur le sarkozysme, nous n’étions pas des gens à qui il faudrait ensuite rendre des comptes.
Le problème maintenant c’est “et après” ? Après la catastrophe morale qu’ont représenté les années Sarkozy, Hollande n’avait pas droit à l’erreur. Or, vu la conjoncture économique, on sait bien que ça va tanguer et que la politique du bouc émissaire : type au chômage, Rom, va se donner libre cours. Cela a déjà largement commencé. Alors je suis inquiet, le gouvernement socialiste a une politique de santé lamentable et au delà de cette politique de santé, il a trahi ses idéaux socialistes et trahi le peuple, les gens qui ne prendront jamais l’avion gratuitement, mais qui viennent dans mon cabinet et qui continuent à faire confiance, à 97 %, à leur médecin traitant.
Désolé M. Hollande, Mme Touraine, dans les sondages, les hommes politiques nationaux se placent légèrement devant les agents immobiliers. C’est tout ce qu’ils méritent, et tout le mal que je leur souhaite.”

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